Des enquêtes quantitatives pour la recherche
Trouver, comprendre et réutiliser des données existantes en sciences sociales
Marie Bergström (Ined)
Claire Kersuzan (PUD-Bx, MSH-Bx/Univ. de Bordeaux, LifeObs/Ined)
Capucine Rauch (PUD-S, MISHA/Univ. de Strasbourg, LifeObs/Ined)
Maude Crouzet (SAGE/Univ. de Strasbourg)
Pourquoi mobiliser des données quantitatives ?
Des usages variés dans les travaux de recherche
Quelle place les données quantitatives peuvent-elles occuper dans un mémoire ou une thèse ?
Dans vos recherches actuelles :
Quelques possibilités :
Les données quantitatives peuvent jouer des rôles très différents dans une recherche.
Les enquêtes quantitatives permettent notamment :
Elles peuvent être mobilisées :
La question n’est pas de choisir entre quanti et quali, mais d’identifier les données les plus adaptées à la question de recherche.
Les enquêtes quantitatives permettent notamment :
D’autres matériaux permettent davantage :
Les différentes sources peuvent être mobilisées :
En pratique, de nombreuses recherches combinent aujourd’hui plusieurs types de données.
Niveau 1 : contextualiser
Utiliser des statistiques existantes pour :
Niveau 2 : analyser
Mobiliser des données d’enquête pour :
Les données quantitatives peuvent constituer un simple appui au raisonnement ou devenir un matériau central de recherche.
Produire ou réutiliser des données ?
Forces, limites et enjeux méthodologiques
Faut-il toujours collecter ses propres données pour répondre à une question de recherche ?
Lorsque l’on souhaite utiliser des données quantitatives :
→ faut-il toujours réaliser sa propre enquête ?
Questions
Produire ses propres données est parfois préférable :
Mais cela demande souvent :
Dans de nombreuses situations, des données existent déjà.
Les grandes enquêtes présentent souvent plusieurs avantages :
Elles permettent notamment :
La réutilisation de données constitue aujourd’hui une ressource importante pour de nombreux travaux de recherche.
Imaginons que vous souhaitiez étudier : → le partage des tâches domestiques au sein des couples.
Deux possibilités :
Option 1
Option 2
Questions
- Peut-on généraliser les résultats à l’ensemble des couples ?
- Que permet la première approche ?
- Que permet la seconde ?
- Quelles sont leurs limites respectives ?
Les deux approches répondent souvent à des questions différentes et complémentaires.
Dans une enquête quantitative, on ne cherche généralement pas à décrire uniquement les personnes interrogées.
On cherche plutôt à produire des résultats sur :
une population plus large.
Par exemple :
Les grandes enquêtes sont souvent conçues pour permettre cette généralisation (représentativité).
La question devient alors :
les personnes enquêtées ressemblent-elles suffisamment à la population étudiée ?
Les grandes enquêtes offrent souvent :
En contrepartie :
Réutiliser une enquête consiste souvent à trouver un compromis :
disposer de données riches, robustes et comparables,
tout en acceptant de travailler avec des questions et des catégories définies par d’autres.
Trouver des données pour la recherche
Open Data, enquêtes et dispositifs d’accès
Où trouver des données quantitatives déjà collectées sur les sujets qui nous intéressent ?
Imaginons que vous souhaitiez travailler sur :
Question
Avant de produire de nouvelles données :
comment savoir si des enquêtes existent déjà ?
De nombreuses enquêtes sont aujourd’hui accessibles à la communauté scientifique.
Selon leur sensibilité, les données ne sont pas diffusées de la même manière.
On distingue généralement :
Plus les données sont détaillées, plus les conditions d’accès sont généralement strictes.
De nombreuses données sont librement accessibles, quelques exemples :
On y trouve souvent :
L’Open Data constitue souvent une première porte d’entrée vers les données quantitatives pour contextualiser un terrain ou une population.
Pour répondre à certaines questions de recherche, il est souvent nécessaire de disposer :
des réponses individuelles des personnes enquêtées.
On parle souvent de :
Ces fichiers permettent :
Ces données sont généralement plus détaillées que celles disponibles en Open Data.
→ Progedo LifeObs Diffusion
Certaines données sont trop détaillées pour être diffusées librement.
Par exemple :
Ces données nécessitent des dispositifs d’accès spécifiques.
En France, le Centre d’Accès Sécurisé aux Données (CASD) permet aux chercheur·es d’accéder à une grande partie de ces données dans un environnement hautement sécurisé.
L’accès est soumis à différentes procédures d’autorisation selon les données concernées (producteurs des données, Comité du secret statistique, etc.).
Le niveau de détail des données disponibles augmente généralement avec les contraintes d’accès.
Des enquêtes pour étudier le genre et la sexualité
Quelques dispositifs emblématiques
Quelles enquêtes permettent d’étudier les relations de genre, les sexualités et les trajectoires affectives ?
Certaines enquêtes ont été conçues spécifiquement pour étudier :
Elles permettent souvent de recueillir :
Ces enquêtes constituent des ressources précieuses pour l’étude du genre et de la sexualité.
Le genre comme question de recherche
Mobiliser des enquêtes généralistes pour étudier les rapports sociaux de sexe
Peut-on adopter une approche de genre avec des enquêtes qui ne portent pas spécifiquement sur le genre ?
Les questions de genre peuvent être étudiées à partir d’enquêtes très diverses :
Les variables disponibles (sexe, emploi, composition familiale, temps consacré aux activités, violences subies, etc.) peuvent alors être mobilisées pour :
Une recherche sur le genre ne se définit pas uniquement par les variables mobilisées :
elle repose d’abord sur une manière de formuler les questions de recherche et d’interpréter les résultats.
Les présentations qui suivent illustrent différentes manières de mobiliser des enquêtes quantitatives pour étudier :
Ces travaux montrent que :
les données quantitatives peuvent être mobilisées bien au-delà des enquêtes explicitement consacrées au genre ou à la sexualité.
Macé E., Bergouignan C., Delaunay M., Kersuzan C., Rebière N., Masculinity Trouble in Intimate Partner Violence: A Mixed Methods Analysis of the Case of France, Social Politics: International Studies in Gender, State & Society, 2026; https://doi.org/10.1093/sp/jxag0102026.
Question de départ
Pourquoi les violences conjugales persistent-elles dans des sociétés qui valorisent davantage l’égalité entre les femmes et les hommes ?
Hypothèse proposée :
certaines formes de socialisation masculine peuvent entrer en tension avec les transformations contemporaines des relations de genre.
Approche utilisée :
Cette recherche mobilise plusieurs sources quantitatives et qualitatives pour explorer cette hypothèse.
Données quantitatives
Données qualitatives
L’objectif est d’articuler mesure statistique et compréhension des trajectoires.
| Données quantitatives | Données qualitatives |
|---|---|
| Quelle ampleur du phénomène dans la population ? | Comment comprendre les situations observées ? |
| Quelles formes de violences sont déclarées ? | Comment les auteurs décrivent-ils leurs actes ? |
| Quelles caractéristiques sociales sont associées aux violences ? | Comment les auteurs interprètent-ils leur situation ? |
| Quels facteurs semblent accroître le risque de violence ? | Quels mécanismes apparaissent dans les récits ? |
| Existe-t-il des régularités statistiques parmi les auteurs ? | Comment les violences sont-elles justifiées ou minimisées ? |
Le quantitatif permet d’identifier des régularités dans la population ;
Le qualitatif aide à comprendre les mécanismes sociaux qui les sous-tendent.
Les analyses quantitatives montrent notamment que :
Ces résultats suggèrent que :
le genre n’est pas seulement une caractéristique individuelle, mais un élément central de compréhension du phénomène.
Mais ces facteurs ne suffisent pas à expliquer :
pourquoi certains hommes recourent à la violence et d’autres non.
Les entretiens et les dossiers judiciaires montrent que les violences ne relèvent pas toutes des mêmes logiques. On retrouve notamment :
Les matériaux qualitatifs permettent ainsi de comprendre :
Les données qualitatives permettent de comprendre le sens donné à certains comportements de violence,
Elles concernent toutefois principalement des auteurs repérés par les institutions et des situations souvent parmi les plus graves.
La combinaison des données quantitatives et qualitatives conduit à une hypothèse générale :
certaines formes de socialisation masculine peuvent entrer en tension avec les transformations contemporaines des relations de genre.
Dans des relations davantage fondées sur :
certaines dispositions héritées de modèles plus traditionnels peuvent être mises à l’épreuve.
Pour certains hommes, ces tensions peuvent contribuer à :
Les données quantitatives permettent d’identifier des régularités et des inégalités liées au genre.
Les données qualitatives permettent de comprendre certains mécanismes observés chez des auteurs suivis par les institutions.
L’articulation des deux approches permet d’éclairer la question de recherche sous des angles complémentaires.
Comment accéder à ces données ?
En France, plusieurs dispositifs facilitent l’accès aux enquêtes de la statistique publique et du monde de la recherche, quelques exemples :
Ces infrastructures permettent notamment :
Les données diffusées sont généralement pseudonymisées.
Elles sont souvent accessibles à la communauté scientifique sous réserve d’un engagement de confidentialité pour protéger les personnes.